Il est 09h41; or Matteo ne doit manger qu'à 10h et je suis seul à la maison. Mais ma technique est au point : l'enfant sur le bras gauche, je tape de la main droite... ca marche pas. je vais lui donner son biberon et je reviens. A tout de suite.
10h15
Me revoilà. Quel bel art que celui du biberon. Mais analysons-le, voulez-vous (de toute façon, vous n'avez rien à dire).
L'art du biberon concerne trois acteurs : le biberon, un objet inanimé dont le seul intérêt est qu'il soit là et qu'il se vide, de préférence rapidement et de préférence dans la bouche du bébé; la maman ou le papa, dépassés par les événements et qui essayent tant bien que mal de diriger l'acteur 1 dans la bouche de l'acteur 3, en évitant de mettre l'acteur 1 dans l'oeil ou l'oreille de l'acteur 3; l'acteur 3, soit le bébé, le seul à savoir ce qu'il fait.
L'art du biberon se pratique assis sur un large fauteuil aux accoudoirs accueillants et non pas debout dans le métro (essayez la seconde technique et nous en reparlerons).
Chaque performance dure entre 5 minutes (de jour ou quand l'acteur 2 n'a rien d'autre à faire) et 45 minutes (la nuit ou quand l'acteur 2 a mille autres choses à faire ou qu'il est dans un lieu public, encombré et enfumé).
L'art du biberon date de la préhistoire, lorsque les parents nourrissaient leur bébé de lait de mammouth en plaçant directement l'enfant au bout de la trompe dudit mammouth.
L'art du biberon est entré dans les musées avec le tableau de Magritte : ceci n'est pas une régurgitation.
L'art du biberon, enfin, est éphémère et s'arrête lorsque l'enfant le décide.
Voilà, ceci était un blogue simple, pour ne pas dire simpliste. J'ai longtemps envisagé de vous en faire un plus profond, sur la vie et la mort, mais je me suis dit que l'époque était au simplisme et que, dès qu'on essaye de proposer une réflexion sortie des sentiers battues, il n'y a pas que le sentier qui se fait battre. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle pour l'instant, tout le monde "tape" sur George W. Il s'agit là d'une cible a. évidente et b. facile. Qui, en effet, n'est pas d'accord lorsqu'on dit que W est un peu benêt? Personne. Mais je fais ma mea culpa : j'ai moi-même pratiqué l'antibush primaire.
Notez, le simplisme va plus loin : on préfèrera regarder un téléfilm sur TF1, plutôt qu'un classique en noir et blanc. On préfèrera lire Amélie Nothomb plutôt que Murakami et lorsqu'on philosophise, c'est toujours pour ressasser des lieux communs. Il existe d'ailleurs un lien de plus en plus fort entre "un sujet fort" et "un cliché". Cela me rappelle une phrase entendue au détour de je ne sais plus quel lieu public (en fait, je m'en souviens parfaitement, mais ne personnalisons pas le débat) : "tu as entendu Ouellebec, il scande maintenant." Décortiquons cette phrase, parfait représentante du "small talk" intellectualisant et simpliste. "Tu as entendu" veut dire "je présume que je suis le seul à l'avoir entendu, car moi, je suis intelligent et je m'intéresse aux gens"; "Ouellebec", la littérature prisunic dont tout le monde doit parler, mais qu'on n'est pas obligé de lire. "il scande" ne veut rien dire, rien du tout, et c'est la beauté de la chose, car on dit quelque chose qui ne veut rien dire pour faire croire qu'on a accès à un sens caché. C'est du grand art. Et enfin "maintenant" veut dire que l'érudition ne date pas d'aujourd'hui, que la personne qui parle a le savoir depuis longtemps. Cette phrase, simple au premier regard, dit tout sur l'humanité. Elle est simpliste, non pas par son sens, mais par ce qu'elle dit du simplisme ambiant.
Donc, dorénavant, je serai également simpliste, pour éviter les retours de flamme, pour vivre une petite vie simpliste, dans un monde simpliste, avec des lectures simplistes. Vive Simplet.
Demain, je critiquerai TF1.
Serge