A chaque jour suffit son paragraphe


Publié le mardi 9 décembre 2003


Mardi 9 décembre 2003
Ainsi donc, nous venons de traverser une tempête dans le verre d'eau des blogs. Certains ont crié à la censure, d'autres se sont plaints des contenus "trop explicites", des imbéciles ont vu de la pédophilie là où il n'y avait que l'apologie de quelques seins (en âge de voter). Et aujourd'hui, tout rentre dans l'ordre. La morale a survécu, la vulgarité également, peut-être la seule victime serait, j'en atteste, cette illusion que nous avons que l'être humain évolue.
Sans doute est-ce vrai, dans certains secteurs ou dans certaines catégories, l'Homme évolue, il se libère des liens lourds et inutiles de la religion, de la morale, pour lui préférer la moralité. Mais pour la majorité, nous restons accrochés à la bonne vieille morale judéo-chrétienne à l'image d'un naufragé se tenant à un vestige du Titanic. Car ne nous leurrons pas, derrière l'attaque de certains contre les images "explicites", il y a l'immense masse humaine qui présente un sourire gêné et moqueur face à l'empire des sens (ce magnifique état humain ou le sublime film de Nagisa Oshima) et qui s'excite béatement et bêtement lorsqu'une chaîne de grande écoute leur présente les petites fesses des Miss Belgique simplement moulées dans un maillot de bain qui voile uniquement leur dignité de femme et dévoile notre lourdeur machiste.
On me taxe souvent de généralisation, mais n'est-ce pas les médias qui généralisent lorsqu'ils prétendent que nous sommes dans une ère de liberté sexuelle simplement parce que s'affichent sur nos écrans et sur internet les images d'autres qui baisent.
N'est-ce pas la foule qui se croit libérée alors qu'elle reste, en fait, asservie par une culpabilité ancestrale face au sexe (j'ai honte de prendre du plaisir) autant que, dans d'autres religions, la femme est asservie à l'homme. Car, sachons-le, en réduisant le sexe à cette pratique honteuse, dont la seule utilité serait de faire des enfants, l'homme asservit la femme, puisque lui devra jouir s'il veut procréer, alors que le plaisir de la femme, lui, est totalement facultatif.
Et je place dans cette peur du sexe les aficionados des images dégradantes de la femme ou du cul, ceux qui mélangent sexe et pisse, sexe et chiasse, qui en rient soi-disant car on peut rire de tout, mais surtout parce qu'en s'en moquant, ils se moquent de leur propre crainte.
Ajoutons que si ces images ne m'intéressent pas, je ne les regarde pas, c'est tout. Je ne veux pas qu'elles disparaissent, je veux qu'elles disparaissent de devant mes yeux, tout comme je voudrais ne plus avoir à entendre les diatribes idiotes des gens de droite ou les blogs ridicules des racistes, des fascistes et autres.
Mais n'oubliez pas, vous qui avez peur du sexe, qui vous en moquez comme on se moque de l'étranger, qui baissez la voix lorsqu'il s'agit d'utiliser le mot "vagin", "sodomie", "homosexualité", n'oubliez pas qu'un jour, votre père a choisi d'enlacer votre mère, qu'il l'a embrassée, sur la bouche, dans le cou, à l'endroit charmant où le sein épouse le corps, qu'ils ont tous deux, avec plaisir, écouté le cri sauvage du soutien-gorge qui glisse sur un sein, puis le chuchotement de la culotte qui s'éclipse avec discrétion. Peut-être votre mère, oui celle-là, la mère qui vous a préparé du poulet-frites tous les mercredis, votre mère a-t-elle pris le sexe de votre père en bouche, ou du moins l'a-t-elle senti s'affirmer dans sa main. Puis quand un sexe a franchi la barrière des deux autres lèvres, père et mère ont plongé dans leur regard respectif, avec passion ou, pour le moins, cette immense affection qui la remplace, et quelques instants plus tard, un des deux sexes offrit l'hommage dû à l'autre.
C'est ainsi que vous êtes né, ne l'oubliez pas!

1 Commentaire :

Commentaire écrit le mercredi 21 janvier 2004 à 18:01:56 (lien)

Eh eh :)


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