Ainsi donc, les joueurs de l'équipe de foot du standard de Liège ont-ils décidé de boycotter les journalistes de notre valeureuse télévision nationale et pourtant régionalisante!
Mais pourquoi, pourquoi, me direz-vous, veulent-ils, ces fiers sportifs au langage si souvent fleuri, nous priver de leur faconde passionnante?
Ils justifient ce oukas d'interdit de trois manières. Je ne m'appesantirai pas sur les deux premières raisons, profondément ridicules ("Ouinn ils n'ont pas voulu admettre qu'y avait penalty contre nous" et "Ouinnn, ils disent tous que nos joueurs sont des méchants") pour m'arrêter sur la troisième justification bien plus intéressante, à mon sens.
Mais je dois replacer cette troisième raison dans son contexte pour ceux qui, parmi vous et je les soupçonne nombreux, n'accordent à la chose footballistique qu'un froncement de sourcil au mieux ou un ricanement moquer, au pire. La réussite actuelle (et relative, car ils restent à 8 points d'Anderlecht) du Standard est sans doute due au retour d'un joueur d'exception appelé Emile Mpenza. Or, Emile a été transféré en cours de saison du club allemand de Schalke 04. Il n'est un secret pour personne qu'Emile a accepté de revenir dans la cité ardente dans le seul souhait de relancer sa carrière et repartir ailleurs, sans doute en fin de saison. Le problème réside dans le fait que certains bruits courent sur un éventuel départ d'Emile au cours de ce qu'on appelle le "Mercaro d'hiver" (à Noël). Deux équipes anglaises semblent intéressées. Pour quitter le standard à Noël, trois parties doivent donner leur accord : Emile, le Standard et Shalke 04. L'équipe allemande n'ayant aucune raison de refuser, la décision incombera aux deux derniers acteurs.
Et c'est là où le bas blesse. En effet, un journaliste de la RTBF a eu l'outrecuidance de demander à Emile s'il comptait partir avant la fin de la saison. Et cette question, d'après les autres joueurs du Standard, a eu pour effet de déstabiliser le joueur concerné. Vous me direz qu'il aurait suffi qu'Emile réponde "NON, je reste au standard car j'ai promis aux supporters de rester et que je suis prêt à sacrifier un peu d'argent pour tenir ma promesse" et le débat eut été clos. Au contraire, il a donné une réponse particulièrement évasive.
Tout ça pour dire que si, même pour une chose aussi futile que le foot, les journalistes n'ont plus le droit de poser "la question qui fâche", il ne faut pas s'étonner qu'il n'y ait plus de journalisme d'investigation dans ce pays!
On tourne en rond, au centre du terrain, merde, on tourne en rond.

